La peur de dessiner dans l’atelier d’art-thérapie

Il arrive très souvent, lorsqu’une personne entre pour la première fois dans un atelier d’art-thérapie, qu’elle prononce presque immédiatement cette phrase :

« Je ne sais pas dessiner. »

Cette phrase surgit parfois comme une excuse, parfois comme une protection, parfois comme une véritable angoisse. Elle semble anodine, mais elle contient en réalité beaucoup plus qu’une simple inquiétude technique. Elle touche à quelque chose de profond : la peur de se montrer.

Le dessin comme exposition de soi

Dessiner n’est jamais seulement produire une image: c’est aussi laisser apparaître une trace de soi. Dans un atelier d’art-thérapie, le dessin devient un espace où l’on peut projeter des sensations, des souvenirs, des émotions ou des conflits internes. Or cette possibilité peut être vécue comme vertigineuse. Certaines personnes ressentent inconsciemment que ce qui va apparaître sur la feuille pourrait révéler quelque chose d’elles-mêmes.

La peur de dessiner est alors moins une peur de rater un dessin qu’une peur d’être vu.

Le papier agit comme une surface de projection : ce qui ne peut pas toujours être dit avec des mots peut s’inscrire dans la ligne, la forme, la couleur ou le geste.

Très souvent, cette peur trouve aussi ses racines dans l’histoire scolaire: beaucoup d’adultes gardent en mémoire des expériences anciennes où leurs dessins ont été jugés, comparés ou évalués. Le dessin est alors resté associé à la performance, à la réussite ou à l’échec. Dans ce contexte, le geste créatif se fige. La main hésite. La page blanche devient intimidante.

Or l’art-thérapie propose précisément un déplacement radical : le dessin n’y est pas évalué. Il n’est ni beau ni raté. Il est simplement une trace. Cette transformation du regard permet peu à peu de restaurer la confiance dans le geste.

La peur du vide et de la page blanche

La page blanche possède aussi une dimension symbolique forte. Elle peut évoquer le vide, l’absence, l’inconnu.

Certaines personnes restent longtemps immobiles devant la feuille. Ce moment peut être très précieux dans le processus thérapeutique : il révèle la relation que chacun entretient avec l’initiative, la liberté ou l’incertitude.

Dessiner, c’est accepter d’entrer dans un territoire sans savoir exactement ce qui va apparaître.

Cette expérience peut réveiller des angoisses, mais elle peut aussi ouvrir un espace de jeu et de découverte.

Le dessin comme espace de sécurité

Dans l’atelier d’art-thérapie, l’objectif n’est pas de « savoir dessiner », mais de créer un espace suffisamment sécurisé pour que le geste puisse apparaître. Parfois, il suffit de très peu de choses : un trait hésitant, une forme répétée, une couleur posée presque timidement.

Ces premiers gestes ont souvent une grande valeur. Ils marquent le moment où la personne commence à se risquer à laisser une trace. Peu à peu, la feuille devient un lieu où l’on peut expérimenter, transformer, effacer, recommencer.

Dessiner pour se rencontrer

Au fil des séances, beaucoup de personnes découvrent que le dessin peut devenir un mode de dialogue avec soi-même. Certaines images apparaissent sans que l’on sache exactement d’où elles viennent. D’autres semblent contenir des fragments de mémoire ou des émotions difficiles à formuler. Le dessin devient alors une manière d’approcher ce qui, à l’intérieur de nous, cherche à prendre forme.

La peur de dessiner ne disparaît pas toujours complètement. Mais elle se transforme. Elle devient parfois une porte d’entrée vers un espace créatif et intérieur. Et c’est souvent à cet endroit précis que commence le véritable travail de l’art-thérapie.

Accompagnement des Troubles du Comportement Alimentaire (TCA)

Depuis plusieurs années, j’accompagne des personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire — anorexie, boulimie, hyperphagie, troubles mixtes — que ce soit en séances individuelles ou en ateliers de groupe.
Mon travail s’inscrit notamment dans une collaboration étroite avec la Clinique Jouvence Nutrition, où j’anime régulièrement des groupes d’art-thérapie destinés aux patientes et patients hospitalisés.

Au fil du temps, j’ai reçu beaucoup d’adultes mais aussi de jeunes filles, d’enfants et d’adolescentes, dont les symptômes s’inscrivent dans la dynamique des TCA, souvent accompagnés d’une forte hypersensibilité, d’une anxiété élevée, ou d’un rapport complexe au corps et à l’image de soi.


Ma manière de travailler avec les personnes souffrant de TCA

L’art-thérapie offre un espace où le langage symbolique, la création et le geste viennent mettre en mouvement ce qui, souvent, est figé :

  • le rapport au corps,
  • la peur de sentir,
  • la difficulté à exister,
  • la honte,
  • ou le contrôle extrême qui protège mais enferme.

J’utilise la médiation artistique pour permettre :

  • une sécurisation émotionnelle,
  • un accueil sensible de l’hypersensibilité,
  • une reconnexion progressive au corps,
  • une réhabilitation de l’élan créatif,
  • et une mise en forme de l’indicible, là où les mots sont trop lourds, trop difficiles, ou trop absents.

Au fil des années, j’ai développé une approche fine et précise de ces problématiques : je connais leurs nuances, leurs paradoxes, la fragilité particulière des états internes, mais aussi leur immense potentiel de transformation lorsque l’espace thérapeutique devient un lieu de respiration.


Pour qui ?

  • Adultes souffrant de troubles alimentaires
  • Adolescents et pré-adolescents
  • Enfants présentant des difficultés autour du corps, de l’image, du contrôle, de l’alimentation
  • Personnes hypersensibles ou ayant une relation douloureuse à leur corps

Chaque accompagnement est pensé sur mesure, selon le rythme, les ressources et l’histoire de chacun.


Pourquoi l’art-thérapie ?

Parce que les TCA sont avant tout des troubles de l’image et du rapport à soi, l’art-thérapie est un moyen particulièrement juste :
elle donne à la personne un espace pour se percevoir autrement, sans jugement, sans injonction, sans discours normatif.
L’œuvre devient le support d’un mouvement intérieur possible : ce qui est trop menaçant à dire peut être dessiné, modelé, écrit, mis en couleur ou en forme.

LA MEDIATION PAR L’ARGILE

La médiation par l’argile est pertinente pour tous les publics, car elle permet de :

  • Stimuler la créativité, l’imagination et la confiance en soi
  • Exprimer des émotions, des souvenirs et des ressentis
  • Apaiser le stress, l’anxiété et la douleur
  • Favoriser la concentration, la coordination et la motricité
  • Développer le lien social, le partage et l’écoute


Pour les enfants, la médiation par l’argile peut les aider à :

  • Se détendre, se ressourcer et se faire plaisir
  • Se libérer de leurs tensions, de leurs blocages et de leurs traumatismes
  • Se reconnecter à leur corps, à leur sensibilité et à leur intuition
  • Se projeter, se réaliser et se réinventer
  • S’ouvrir, s’affirmer et s’épanouir


Pour les adolescents, la médiation par l’argile peut les aider à :

  • S’exprimer, se révéler et se construire
  • Gérer leurs émotions, leurs conflits et leurs changements
  • Trouver leur place, leur orientation et leur identité
  • Affronter leurs peurs, leurs doutes et leurs tentations
  • S’intégrer, s’entraider et se respecter


Pour les personnes âgées, la médiation par l’argile peut les aider à :

  • Stimuler leur mémoire, leur attention et leur logique
  • Préserver leur santé, leur mobilité et leur autonomie
  • Combattre leur isolement, leur dépression et leur dépendance
  • Valoriser leur expérience, leur savoir et leur transmission
  • Savourer leur présent, leur passé et leur avenir


La médiation par l’argile est donc une thérapie innovante, adaptée à tous les âges et à toutes les situations. Elle offre un espace de liberté, de créativité et de bien-être, où chacun peut se découvrir, se transformer et s’accomplir. 

Théâtre et Image de soi

image-theatrePour un comédien débutant, l’entrée en scène est souvent une expérience un peu difficile suite à une peur que nous avons tous un jour connue: la peur d’être regardé, d’être vu dans toute notre vérité. Cette peur d’être sous les regards, ce désir d’être invisible traduit avant tout une incapacité : celle d’être soi-même. Il y a des choses que l’on voudrait ne pas montrer, des zones que l’on aimerait garder secrètes. Ces efforts  pour  se cacher  sont à  l’origine  des  diverses  anxiétés  qui  apparaissent  d’un coup  sur  le  plateau  de  théâtre.  La  scène  apparaît  ainsi  comme  un  révélateur,  un coup de projecteur sur les idées déformées et négatives que nous nous faisons de nous-mêmes…
La pratique du théâtre permet ainsi à la personne de se détacher légèrement d’elle-même pour redécouvrir sa propre image; cet espace entre soi et soi est une vraie possibilité de restructuration de l’individu.

C’est cet espace, précisément, que les ateliers de théâtre se proposent d’explorer. A travers des jeux, qui n’ont que l’apparence du récréatif, la globalité de la personne est  sollicitée,  afin  de  permettre  à  chacun  de  se  rendre  compte  de  ces  zones d’inaboutissement ou de non affirmation.

Le théâtre se pratique essentiellement en groupe. Les objectifs spécifiques de l’art-thérapie théâtre sont alors de stimuler le maximum de fonctions médiatrices du corps et d’impliquer l’individu dans une ouverture aux autres.

 

Consultez la page consacrée au théâtre sur mon site helenepolette.net

Atelier d’art-thérapie en classe ULIS

Reportage France 3 Bourgogne – 20 avril 2015

( lien direct vers la page )

A Chevigny Saint Sauveur, dans la communauté urbaine de Dijon, le collège Camille Claudel a mis en place une classe expérimentale qui associe en 3° des sportifs de haut niveau, des élèves en grande difficulté scolaire et des élèves en situation de handicap. Le but du projet : favoriser la solidarité entre des jeunes issus d’horizons très différents et proposer une pédagogie de la réussite qui valorise chaque élève. Les élèves sportifs sont invités à participer à un atelier d’expression animé par une art-thérapeute. Pour eux c’est une première, mais les élèves de l’ULIS (Unité pour l’Inclusion Scolaire) ont déjà participé à plusieurs séances. Un moment placé sous le signe du plaisir et du jeu pour apprendre à se connaître autrement.